La crevette grise de la mer du Nord est bien plus qu'une simple délicatesse de notre côte. Derrière chaque bouchée savoureuse se cache une histoire riche de passion, de tradition et de savoir-faire. Des pêcheurs de crevettes qui bravent la mer à l'aube avec leurs chevaux, aux femmes pêcheuses et éplucheuses de crevettes qui décortiquent chaque crevette à la main avec soin—ces personnes incarnent l'âme de notre côte. Dans les cuisines des restaurateurs passionnés, l'amour pour ces petits crustacés prend vie dans des plats qui font saliver. Laissez-vous emporter par ces histoires fascinantes et découvrez la magie de la crevette grise de la mer du Nord !
À Ostende, vous pouvez visiter le O.129 Amandine, le dernier navire de pêche vers l'Islande. Le navire est entré au port pour la dernière fois en 1995. L'Islande se trouve à un millier de milles nautiques de la côte belge. Aux 17e, 18e et 19e siècles, les pêcheurs bravaient les eaux froides islandaises pendant des mois sur leurs voiliers. Pendant qu'ils étaient en mer, leurs femmes pêchaient la crevette pour joindre les deux bouts. Elles enfilaient la culotte et la veste de leur mari, car les combinaisons n'existaient pas encore.
Le prêtre et poète Guido Gezelle a écrit un poème émouvant sur ces pêcheurs en eaux islandaises. Peut-être s'est-il inspiré de son confrère Henri Pype (1854-1926), à qui il rendait parfois visite à Ostende. Père Pype, comme on l'appelait communément, représentait pour les pêcheurs ce que le prêtre Daens représentait pour les ouvriers d'Alost. En 1887, il est nommé aumônier des pêcheurs. Il fonde aussitôt une école de pêche pour enseigner aux pêcheurs des compétences plus poussées et des méthodes de travail plus sûres. Un peu plus tard est apparue la guilde des pêcheurs, à laquelle les familles de pêcheurs dans le besoin pouvaient s'adresser. Par l'intermédiaire de leur guilde, les pêcheurs créent des fonds d'épargne et de pension et sont assurés en cas d'accident en mer. La guilde avait même un cercle artistique, où les pêcheurs et leurs familles s'adonnaient au théâtre, à la musique et à la peinture. La statue de Père Pype se trouve à l'église Saints-Pierre-et-Paul d'Ostende.

En 1953, la nouvelle minque aux poissons de Nieuport est officiellement inaugurée. Sur le mur latéral, un panneau en carreaux de céramique rappelle les merveilleuses prises de harengs de la Seconde Guerre mondiale. L'occupation allemande n'autorisait la pêche que pendant la journée dans la zone des trois miles. Pendant les années de guerre, les harengs y pullulaient. Au cours de l'hiver 1942-1943, leur nombre a même atteint des proportions bibliques. Dans les chenaux situés derrière les bancs de sable, il suffisait de se baisser avec son seau pour en ramasser. Les poissons venaient parfois même s'échouer directement sur le sable. Le hareng de la côte ouest a sauvé de la malnutrition des familles de toute la Belgique. Les journaux de l'époque publiaient les recettes les plus folles pour que les mères puissent donner à leurs enfants une illusion de variété. La nouvelle œuvre d'art de Beaufort, THE HERRING, réalisée par Johan Creten sur la plage Sint-André à Ostdunkerque, fait référence à la pêche miraculeuse de harengs en 1942-1943.
Autrefois, une sirène retentissait depuis la tour de la minque communale de Nieuport, annonçant le début de la criée de poissons. Les ventes n'étaient pas automatisées à l'époque. La voix du commissaire-priseur décomptait le prix en flamand occidental. Deux personnes, le rédacteur et le contre-rédacteur, assuraient le suivi des ventes. Elles notaient l'espèce de poisson, le nombre de kilos, l'acheteur et le prix. Les achats se faisaient en criant : « 't Is miene ! » Ce qui signifiait : « C'est le mien, j'achète ce poisson. » Chaque commerçant avait son propre cri, bien identifié. Le « mijn » de vismijn (minque) vient donc de « mon » poisson.


Avant la Seconde Guerre mondiale, on pouvait entendre les vendeurs ambulants d'Ostende s'interpeller mutuellement. Le cri des poissonnières était de loin le plus puissant. Elles poussaient leurs charrettes en bois jusque dans les zones urbaines plus éloignées du port pour y écouler leur marchandise. Crevettes, plie, cabillaud, sprat, hareng... Leur offre suivait les saisons. « Des tellines et des moules qui crient », comme dans la chanson irlandaise Molly Malone ? Les supporters du club de football du KV Oostende, qui a malheureusement fait faillite, aimaient chanter la chanson Op de vissermarkt de la chanteuse populaire Lucy Loes : « Ik leuren altied met mijn karre, langs de straten, en ‘komt zo schone uut me moend, vesche ploaten… » Lucy Loes possède une statue à son effigie à côté du Vistrap d'Ostende.
Vers 1960, lorsque Paul Gykiere, alors jeune pêcheur de crevettes, s'enfonçait dans la mer avec son épuisette, les pêcheurs plus âgés travaillaient comme sauveteurs sur la plage. Ils portaient des gilets de sauvetage en liège et surveillaient la zone de baignade depuis leurs canots à rames. « Ils ne savaient pas nager, nous dit Paul, mais ils connaissaient la mer comme leur poche et vous avertissaient du moindre danger. De nombreux pêcheurs ne voulaient pas apprendre à nager. La communication entre les navires et la terre ferme était autrefois plus difficile. Votre brevet de natation ne vous aurait pas sauvé la vie sur un navire en détresse. »


Peut-on savoir, rien qu'en la goûtant, si une crevette a été débarquée à Nieuport, à Ostende ou à Zeebruges ? Les crustacés originaires de la côte ouest seraient plus pâles, car ils vivent dans un sol sablonneux, tandis que le sol de la côte est est plus boueux. Cela affecte-t-il le goût ? N'oubliez pas que les pêcheurs de crevettes cuisent leurs prises immédiatement à bord. Pour ce faire, chaque pêcheur suit sa propre recette. Vous pouvez respecter la salinité de l'eau de mer ou ajouter du sel. Amateur de défis savoureux ? Cherchez donc à reconnaître les différences de goût entre les navires !